Le DIM-MID européen à l’abbaye de Lérins 30 septembre – 04 octobre 2013  14/11/2013

Le DIM-MID européen à l’abbaye de Lérins 30 septembre – 04 octobre 2013

Le DIM-MID européen à l’abbaye de Lérins 30 septembre – 04 octobre 2013

mardi 15 octobre 2013

La 42° rencontre des Coordinateurs du DIM-MID européen s’est tenue à l’Abbaye de Lérins. Sœur Samuel en donne des échos, en rappelant que le dialogue interreligieux est un engagement explicite de l’Église elle-même depuis le concile Vatican II.

Cette rencontre vient d’avoir lieu dans ce magnifique site de l’abbaye Notre Dame de Lérins, sur l’île saint Honorat.

Nous étions douze, moines et moniales bénédictins (es) et cisterciens (es) venus de plusieurs pays européens (Belgique, Allemagne, Hongrie, Scandinavie, Espagne, Italie, France, Angleterre) engagés dans le Dialogue Interreligieux Monastique. Frère Daniel Pont osb, de l’abbaye d’En-Calcat, Coordinateur européen du DIM-MID, présidait ces jours de réflexion. Le P. William Skudlarek osb, des USA, Secrétaire Général du DIM-MID et résidant en ce moment dans un monastère du Japon était là aussi.

Suite à lire ici : http://www.benedictines-ste-bathilde.fr/Le-DIM-MID-europeen-a-l-abbaye-de

Le petit "coucou" du pape à des Imams français...à Rome !!!  30/09/2013

Le petit "coucou" du pape à des Imams français...à Rome !!!
Mercredi 25 septembre 2013, des imams et l'écrivain juif d'origine polonaise Marek Halter ont rencontré le pape François Place Saint-Pierre à Rome. 

La rencontre a eu lieu sur l'initiative de Marek Halter, qui a écrit au pape en juin et lui a demandé une entrevue. Pour lui, cette rencontre a pour but de « dédiaboliser l'Islam sinon nous aurons une guerre des religions et c'est la pire des guerres qui existe »« Ce n'est pas l'islam qui a inventé la kalachnikov », a-t-il martelé sur France Info.....

Photo extraite de ce site sur lequel vous pourrez lire l'intégralité de l'article : http://www.fait-religieux.com/la-photo-du-jour-1/2013/09/26/dix-imams-a-rome

P
lus un entretien avec Marek halter sur France Info : http://www.dailymotion.com/video/x1534lj_marek-halter-et-l-imam-chalghoumi-a-rome-pour-une-meilleure-image-de-l-islam_news

Le pape François au Corps diplomatique : Lutter contre la pauvreté, édifier la paix et construire des ponts  06/04/2013

Le pape François au Corps diplomatique : Lutter contre la pauvreté, édifier la paix et construire des ponts
Le 22 mars 2013, le Pape François a reçu le corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, et a prononcé pour la première fois le discours en italien. Il a invité les Nations du monde à lutter contre la pauvreté soit matérielle, soit spirituelle ; édifier la paix et construire des ponts. Mais il a déclaré qu’il n’est pas possible de construire des ponts entre les hommes en oubliant Dieu, et inversement. A ce jour, 180 Etats entretiennent des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, auxquels s’ajoutent l’Union Européenne, l’Ordre de Malte et l’OLP, sous forme d’une mission spéciale.

Le pape François invite les Nations du monde à  "Lutter contre la pauvreté soit matérielle, soit spirituelle ; édifier la paix et construire des ponts ».
 
Mais il avertit : « On ne peut pas construire des ponts entre les hommes en oubliant Dieu », et inversement !
 
Voici le texte intégral du premier discours du pape François au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, ce vendredi 22 mars 2013 en la Sala Regia du palais apostolique du Vatican.
 
* * *
 
Discours du pape François
 
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
 
Je remercie de grand cœur votre Doyen, l’Ambassadeur Jean-Claude Michel, pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées au nom de tous, et avec joie, je vous accueille pour cet échange de saluts, simple et en même temps intense, qui veut être en principe l’accolade du Pape au monde. À travers vous, en effet, je rencontre vos peuples, et je puis aussi, dans un certain sens, rejoindre chacun de vos concitoyens, avec ses joies, ses drames, ses attentes, ses désirs.
 
Votre présence en si grand nombre est aussi un signe que les relations que vos Pays entretiennent avec le Saint Siège sont fructueuses, sont vraiment une occasion de bien pour l’humanité. C’est cela, en effet, qui tient à cœur au Saint-Siège : le bien de tout homme sur cette terre ! Et c’est bien avec cette intention que l’Évêque de Rome commence son ministère, en sachant qu’il peut compter sur l’amitié et sur l’affection des Pays que vous représentez, et dans la certitude que vous partagez un tel propos. En même temps, j’espère que ce soit aussi l’occasion d’entreprendre un chemin avec les quelques Pays qui n’entretiennent pas encore de relations diplomatiques avec le Saint Siège, dont certains – je les remercie de grand cœur – ont voulu être présents à la Messe du début de mon ministère, ou ont envoyé des messages en signe de proximité.
 
Comme vous savez, il y a plusieurs raisons pour lesquelles j’ai choisi mon nom en pensant à François d’Assise, une personnalité qui est bien connue au-delà des frontières de l’Italie et de l’Europe, et aussi de ceux qui ne professent pas la foi catholique. Une des premières est l’amour que François avait pour les pauvres. Il y a encore tant de pauvres dans le monde ! Et ces personnes rencontrent tant de souffrance ! À l’exemple de François d’Assise, l’Église a toujours cherché à avoir le souci, à protéger, en tout coin de la terre, celui qui souffre d’indigence et je pense que dans beaucoup de vos pays, vous pouvez constater l’œuvre généreuse de ces chrétiens qui se prodiguent pour aider les malades, les orphelins, les sans-abris et tous ceux qui sont exclus, et qui ainsi travaillent pour construire une société plus humaine et plus juste.
 
Mais il y a aussi une autre pauvreté ! C’est la pauvreté spirituelle de nos jours, qui concerne gravement aussi les Pays considérés comme plus riches. C’est ce que mon Prédécesseur, le cher et vénéré Benoît XVI, appelle la « dictature du relativisme », qui laisse chacun comme mesure de lui-même, et met en péril la convivialité entre les hommes. Et ainsi j’ajoute une autre raison de mon nom. François d’Assise nous dit : travaillez pour construire la paix ! Mais il n’y a pas de véritable paix sans vérité ! La paix ne peut pas être véritable si chacun est la mesure de lui-même, si chacun peut revendiquer toujours et seulement son droit personnel, sans avoir le souci en même temps du bien des autres, de tous, à partir de la nature qui unit chaque être humain sur cette terre.
 
Un des titres de l’Évêque de Rome est Pontife, c’est-à-dire celui qui construit des ponts, avec Dieu et entre les hommes. Je désire vraiment que le dialogue entre nous aide à construire des ponts entre tous les hommes, si bien que chacun puisse trouver dans l’autre, non un ennemi, non un concurrent, mais un frère à accueillir et à embrasser ! Mes origines mêmes du reste, me poussent à travailler pour édifier des ponts. En effet, comme vous savez ma famille est d’origine italienne ; et ainsi en moi est toujours vivant ce dialogue entre les lieux et les cultures avec leurs éloignements – d’un bout du monde à l’autre, aujourd’hui toujours plus proches, interdépendants -, qui ont besoin de se rencontrer et de créer des espaces réels d’authentique fraternité.
 
Dans cette tâche, le rôle de la religion aussi est fondamental. On ne peut pas en effet, construire des ponts entre les hommes en oubliant Dieu. Mais le contraire vaut aussi : on ne peut vivre des liens véritables avec Dieu en ignorant les autres. Pour cela, il est important d’intensifier le dialogue entre les différentes religions, je pense surtout au dialogue avec l’Islam, et j’ai beaucoup apprécié la présence, durant la messe du début de mon ministère, de nombreuses Autorités civiles et religieuses du monde islamique. Et il est important d’intensifier la rencontre avec les non croyants, pour que ne dominent jamais les différences qui séparent et blessent, mais que, même dans la diversité, l’emporte le désir de construire des liens vrais d’amitié entre tous les peuples.
 
Lutter contre la pauvreté soit matérielle, soit spirituelle ; édifier la paix et construire des ponts. Ce sont comme les points de référence d’un chemin auquel je désire inviter à prendre part chacun des Pays que vous représentez. Un chemin difficile cependant, si nous n’apprenons pas toujours plus à aimer notre Terre. Aussi dans ce cas penser au nom de François m’est une aide, lui qui enseigne un profond respect pour toute la création, pour la sauvegarde de notre environnement, que trop souvent nous n’utilisons pas pour le bien, mais que nous exploitons avec avidité au détriment l’un de l’autre.
 
Chers Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
 
Merci encore pour tout le travail que vous accomplissez, ensemble avec la Secrétairerie d’État, pour construire la paix et édifier des ponts d’amitié et de fraternité. À travers vous, je désire renouveler à vos Gouvernements mon remerciement pour leur participation aux célébrations à l’occasion de mon élection, avec le souhait d’un fructueux travail commun. Que le Seigneur tout puissant comble de ses dons chacun de vous, vos familles et les peuples que vous représentez. Merci !


Juliana Harsianti : L’intolérance religieuse existe en Indonésie mais son contraire aussi  06/04/2013

Juliana Harsianti : L’intolérance religieuse existe en Indonésie mais son contraire aussi
Juliana Harsianti, journaliste basée à Jakarta, se sert de ses origines multi-ethniques et religieuses pour présenter la diversité de l’Indonésie. Pour commencer, nombreux sont ceux qui ont du mal à croire qu’en Indonésie, pays qui abrite la population musulmane la plus importante au monde, il existe des personnes de différentes religions. Beaucoup se demandent si la population diversifiée de l’Indonésie cohabite en paix. La réalité est que certains parmi nous vivent en harmonie et d’autres pas – aucun des deux groupes ne représentant pleinement l’ensemble du pays.

Jakarta – Une nouvelle enquête menée par l’Institut Setara pour la démocratie et la paix a identifié les provinces indonésiennes où les cas d’intolérance religieuse sont les plus nombreux, prouvant ainsi que ce phénomène est malheureusement un vrai problème national. Toutefois, en tant qu’Indonésienne, j’ai des raisons de croire que le contraire est également vrai.
 
Lors des voyages que j’effectue avec deux de mes amies, je rencontre souvent des touristes qui sont surpris d’apprendre que je suis à la fois catholique et Indonésienne. Pour commencer, nombreux sont ceux qui ont du mal à croire qu’en Indonésie, pays qui abrite la population musulmane la plus importante au monde, il existe des personnes de différentes religions. Mes deux amies et moi-même entendons souvent les gens pousser un ‘ouah’ de surprise lorsqu’ils découvrent que nous possédons la même nationalité.
 
Mes amies et moi-même formons un groupe éclectique, chacune avec des caractéristiques physiques bien différentes. Je suis Sino-Sundanaise avec la peau claire et les cheveux raides ; une de mes amies est Ambonaise presbytérienne (un groupe ethnique des îles Moluques) avec la peau foncée et les cheveux bouclés et l’autre est Javanaise et musulmane avec la peau marron claire et les cheveux raides.
 
«  Vous êtes toutes originaires d’Indonésie ?  »
 
Je peux alors expliquer que l’Indonésie est en réalité une nation très pluraliste.
 
Beaucoup se demandent si la population diversifiée de l’Indonésie cohabite en paix. La réalité est que certains parmi nous vivent en harmonie et d’autres pas – aucun des deux groupes ne représentant pleinement l’ensemble du pays.
 
Certes, beaucoup ont des préjugés contre d’autres groupes ethniques et religieux qui peuvent parfois mener au conflit. Toutefois, je pense que tant que l’harmonie existe dans les familles et les communautés, ce pays a des chances de connaître une coexistence pacifique.
 
C’est au sein de ma propre famille que je trouve le plus bel exemple de vie en harmonie, à l’instar de notre devise nationale, Bhinneka Tunggal Ika (l’unité dans la diversité). J’ai grandi dans une grande famille multiconfessionnelle et multiculturelle. Tout a commencé lorsque ma grand-mère maternelle, une Sundanaise, a rencontré mon grand-père, un Sino-Javanais confucianiste. Ils sont tombés amoureux l’un de l’autre et se sont mariés. A cette époque, dans les années 40, les mariages interreligieux étaient relativement courants. Aujourd’hui, ce type d’union est possible mais peu facile compte tenu du système juridique qui ne reconnaît que le mariage religieux.
 
Ayant connu d’autres mariages interethniques et interreligieux, ma famille élargie compte au moins trois différents groupes ethniques: javanais, chinois et sundanais. Pour ce qui est de la religion, c’est encore plus compliqué. Cinq sont pratiquées au sein de ma famille : l’islam, le catholicisme, le presbytérianisme, le bouddhisme et le confucianisme.
 
Comment vit une famille aussi panachée ?
 
Exactement comme les autres. Nous sommes proches les uns des autres et nous nous parlons régulièrement.
 
Un des avantages d’avoir une famille aussi diversifiée que la mienne est que je peux entretenir des conversations sur différentes croyances religieuses. Enfant, je suis allée à la mosquée, à l’église et au temple avec mes proches pour voir comment ils priaient. Mes parents m’ont enseigné les principes fondamentaux de leur religion respective et m’ont laissé choisir la mienne.
 
Les rassemblements pendant les vacances et les fêtes religieuses constituent la partie la plus intéressante. A chaque Noël, Aïd al-Fitr et Nouvel an chinois, nous nous réunissons tous chez ma grand-mère pour un grand repas halal que tout le monde peut apprécier. Même si les voisins peuvent trouver insolite de voir mes tantes et cousines qui portent le hidjab se rendre au dîner de Noël, leur démarche n’a jamais créé de problème.
 
Néanmoins, nous avons aussi nos problèmes, comme dans n’importe quelle autre famille, plus à cause de malentendus personnels que de différences ethniques ou religieuses. Et, compte tenu de cette diversité au sein de la famille, il nous arrive parfois d’avoir des préjugés les uns envers les autres. Nous pouvons reproduire les stéréotypes habituels, en déclarant, par exemple, que les Minangkabau sont pingres, les Javanais toujours en retard et les Chinois tournés vers les affaires. Toutefois, nous avons fini par comprendre que ces préjugés n’étaient pas tous valables. Nos parents Minangkabau, par exemple, sont en réalité très généreux. Plus nous apprenons à mieux nous connaître, plus nous nous apercevons que chaque personne est différente et qu’il y a plus d’une dimension en chacun d’entre nous.
 
Je sais que ma famille n’est pas unique en son genre. Il y a bien d’autres communautés en Indonésie et dans le reste du monde, des quartiers, des écoles, des bureaux et des organisations – comme le réseau de la diaspora indonésienne (un réseau d’Indonésiens vivant à l’étranger) et la Conférence indonésienne sur la religion et la paix (une organisation fondée par des dirigeants indonésiens interreligieux) – qui embrassent les peuples d’origines ethniques et religieuses diverses et qui encouragent la compréhension à travers les relations sociales, le dialogue et les activités collectives.
 
En observant ces groupes et ma propre famille et la facilité avec laquelle ils interagissent, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas tous connaître la même chose à l’échelle nationale.
 
Juliana Harsianti
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Juliana Harsianti est une journaliste indépendante qui collabore à plusieurs publications. Elle est aussi consultante en communication et vit à Jakarta.
 
© Source : Service de Presse de Common Ground(CGNews), 15 février 2013, http://www.commongroundnews.org/

Père Raymond Gonnet : le dialogue islamo-chrétien vécu au quotidien en Algérie  06/04/2013

Père Raymond Gonnet : le dialogue islamo-chrétien vécu au quotidien en Algérie
Le père Raymond Gonnet, spiritain, vit à Mascara en Algérie depuis plus de vingt ans. La communauté chrétienne de Mascara est modeste : Raymond, quelques étudiants d’Afrique noire, et Annie, laïque. Cette petite paroisse, qui a fêté le vingt-cinquième anniversaire de la rencontre d’Assise avec des Subsahariens chrétiens et des musulmans, a aussi un centre de services (promotion féminine, soutien scolaire et bibliothèque) que fréquentent de nombreux Algériens. Le père Raymond nous parle de son expérience du dialogue islamo-chrétien.

Le père Raymond Gonnet, spiritain, vit à Mascara en Algérie depuis plus de vingt ans. La communauté chrétienne de Mascara est modeste : Raymond, quelques étudiants d’Afrique noire, et Annie, laïque. Cette petite paroisse a aussi un centre de services (promotion féminine, soutien scolaire et bibliothèque) que fréquentent de nombreux Algériens. Le père Raymond nous parle de son expérience du dialogue islamo-chrétien.
 
À Mascara, tu as célébré le vingt-cinquième anniversaire de la rencontre d’Assise. Comment cela s’est-il passé ?
 
Très simplement. Nous avons profité du passage de Christophe Roucou (le directeur du Service des Relations avec l’Islam, de l’Église de France) en Oranie. Je l’ai fait venir à Mascara, et j’ai invité un groupe d’amis algériens. Il y avait Annie qui travaille avec moi, et des étudiants subsahariens chrétiens. On s’est retrouvés pour un temps d’échange et de prière. Les Algériens ont découvert l’existence de ces Subsahariens chrétiens et les étudiants, le message de fraternité que portent ces musulmans.
 
Qui sont ces Algériens que tu avais invités ?
 
Je les connais depuis une quinzaine d’années. Ce sont des hommes qui se rassemblaient autour de Hadj Ben Ali, décédé en 1999, qui était pour eux un maître spirituel. Ce monsieur, durant les années noires, vers 1994-1995, cherchait à rencontrer des chrétiens. C’était la période où des religieux et religieuses avaient été assassinés. Un de ses amis lui avait parlé de moi, et un jour, il est donc venu me voir. Il se déplaçait en fauteuil roulant. Il m’a dit : « Je suis heureux de rencontrer des chrétiens. » « Je suis venu vous dire que s’il y a des musulmans qui vous tuent, il y en a d’autres qui vous aiment. » Son histoire et son message pourraient se résumer ainsi : « Autrefois, j’avais tout : un commerce florissant, maison, famille, santé, mais j’oubliais l’essentiel. Alors, Dieu a commencé à m’éduquer : j‘ai eu du diabète, on m’a coupé une jambe, puis deux… maintenant, je n’ai plus rien, mais n’ai besoin de rien. Dieu seul me suffit et II me demande de rappeler que tous les hommes sont égaux et frères, que personne ne doit rester dans le besoin. Je dis aux responsables religieux qu’ils ne doivent pas se taire devant l’injustice et la violence. Je n’ai peur de personne car je n’ai plus rien à perdre. Je suis heureux de venir dans cette maison de Dieu. Il faut nous rencontrer. Quand on est ensemble, Dieu est avec nous. »
 
Par la suite, il venait souvent rencontrer notre petite communauté, avec quelques disciples. On priait ensemble. Un jour il a prononcé la chahada : « Il n’y a de Dieu que Dieu… », puis s’est arrêté. Tous furent étonnés. Il a alors expliqué qu’il avait fait un songe : « J’ai vu la tristesse des chrétiens quand je dis : « Mohammed est son prophète ». Je préfère donc, lorsqu’on est ensemble, que chacun complète la profession de foi selon sa propre foi. C’est inutile de faire de la peine à l’autre, quand on est ensemble. » Cet homme était un commerçant en légumes, pas un intellectuel. Il citait très peu le Coran, les hadiths, mais il avait une intuition et un message à délivrer à propos de l’unité des croyants.
 
Cet homme avait donc des disciples ?
 
À l’époque, une quinzaine d’hommes (des cadres de l’administration, des enseignants) l’entouraient et buvaient ses paroles. Je me souviens les avoir rencontrés autour de son lit à l’hôpital. Il leur disait : « Le Père Raymond, c’est un frère pour nous, pas seulement un frère en humanité, mais un frère en Dieu. Il faut le respecter dans sa foi, et ne pas chercher à le convertir. » Ce groupe a continué à se retrouver après sa mort. Nous les retrouvions pour les fêtes, en particulier la fête du Mouloud et celle du 26e jour du Ramadan. Cela continue jusqu’à aujourd’hui.
 
Des rencontres fraternelles, donc… Comment se vivent-elles ?
 
On commence par un chant religieux suivi d’un prêche, fait par le responsable du groupe, puis on me demande un message spirituel. Ils chantent à nouveau, puis chaque participant est invité à faire une prière d’intercession ou de louange. Ils aiment nous entendre prier le ‘’Notre Père‘’. Pour la rencontre que nous avons à la fin du Ramadan, j’ai pris l’habitude de leur remettre le message que le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux adresse aux musulmans du monde entier. Je distribue à chacun la version arabe, puis on le lit ensemble, et on le discute. Maintenant, chaque année, ils attendent que j’apporte ce message.
 
Avec eux, j’ai été amené à prier tout à fait naturellement, chacun le faisant selon sa voie. Quand je prie seul, je porte tous les habitants de Mascara dans ma prière. Ils veulent que je prie pour eux. Mais je leur demande aussi de prier pour moi. Nous devons intégrer que Dieu peut exaucer la prière des autres croyants. Nous n’entrons pas dans des discussions théologiques. On vit un vrai partage d’expériences de foi. Ainsi, l’un d’eux me disait un jour à propos de Mère Térésa : « Quand on la regarde, quand on l’entend, on la sent tellement humaine qu’on a l’impression de voir Dieu à travers elle. » Je lui ai répondu : « Tu vois, pour nous chrétiens, Jésus est tellement humain que nous voyons Dieu à travers lui. »
 
Comment as-tu fait pour te lier aux habitants ?
 
Je vais beaucoup aux sépultures. On vient même m’inviter. Quand je vois une tente dressée dans une rue pour les funérailles, je vais présenter mes condoléances, même si je ne connais pas la famille. Les gens sont très touchés par cela. Pour les musulmans, participer au deuil est une obligation coranique.
 
Un jour je vais présenter mes condoléances dans une famille où une jeune femme était morte en couches, à cause d’une erreur médicale. Cela m’avait choqué. Le père était effondré. Deux ou trois ans après, ce monsieur me rencontre dans un magasin, où il se trouvait en compagnie d’un de mes amis. Il m’embrasse, et dit à mon ami, qui s’étonne qu’il me connaisse : « Il est venu prier avec nous, quand ma fille est morte. L’iman, lui, il n’est même pas venu ! »
 
Le dialogue interreligieux, c’est plus que des mots ?
 
J’ai un ami, Miloud, qui est atteint de la maladie de Parkinson. Elle s’est déclenchée pendant les années noires, lorsqu’il a été menacé de mort. Aujourd’hui, il ne peut plus parler. Je vais le voir chez lui, chaque vendredi. Je lui prends la main, il serre la mienne très fort et on se parle avec les yeux. C’est comme s’il déversait son angoisse. On est au-delà des différences culturelles et religieuses. Nous vivons une amitié spirituelle qui n’a même plus besoin de mots pour s’exprimer. 
 
Propos recueillis par Dominique Lebon
© Texte publié par la revue des diocèses d’Algérie Pax et Concordia, n° 12, 2012, aux pp. 8-9

Mgr Sarat Chandra Nayak : Restaurer la confiance entre chrétiens et hindous en Inde  06/04/2013

Mgr Sarat Chandra Nayak : Restaurer la confiance entre chrétiens et hindous en Inde
Dans l’Etat d’Orissa en Inde, dans la seule année 2008, quelque 300 villages chrétiens et 4 000 foyers ont été détruits par des fondamentalistes hindous. « Le principal défi pour l’Eglise en Inde n’est pas la reconstruction des édifices détruits par la violence anticatholique des fondamentalistes hindous, mais plutôt de rétablir la confiance entre les religions », affirme Mgr Sarat Chandra Nayak, évêque du diocèse de Berhampur. La priorité est de restaurer la confiance perdue, pour rappeler qu’il est possible de vivre ensemble.

Dans cette interview accordée à l’émission de télévision « Là où Dieu pleure », l’évêque parle de la violence anti-chrétienne dans sa région, des facteurs qui compliquent les relations entre hindous et catholiques et de l’espérance qui l’habite en dépit de ces difficultés.
 
* Si le christianisme continue de croître et que les chrétiens enseignent que tous sont égaux, il y a une menace pour le système de caste. Les Dalis ne finiront-ils pas par se demander un jour pourquoi ils devraient être traités différemment ?
 
Oui, cette menace existe réellement. Pourquoi un système de caste, selon lequel les gens sont considérés comme ayant moins de valeur qu’une vache, moins de valeur qu’un animal ? Nous respectons les sentiments des Hindous ; ils traitent et respectent leurs vaches comme des dieux, mais ils ne respectent pas les êtres humains ; pas tous les Hindous, mais certains groupes se considèrent comme les gardiens de l’hindouisme. Il y a 84% d’Hindous en Inde, et en Orissa plus de 90%, et nous vivons ensemble et heureux, nous nous respectons les uns les autres  ; ils comprennent la valeur humaine et la dignité, mais il y a un petit groupe dominant. l est important de dire que c’est un groupe d’extrémistes fondamentalistes qui provoque cette violence, et que, souvent, des chrétiens persécutés ont trouvé refuge dans des familles hindoues, qui les ont bien accueillies.
 
C’est la joie et l’espérance qui nous sont données et à ceux qui sont persécutés : il y a encore l’espérance de vivre ensemble. Nous avons perdu un grand nombre d’édifices et de vies ; nous pouvons reconstruire  ; mais ce qui est perdu, c’est la confiance entre les gens de groupes et religions différents. Ils ont vécu ensemble depuis des générations, et voici que maintenant la confiance est remise en question ; et comment la développer ; c’est le défi que chacun de nous doit relever.
 
En fait, l’Eglise catholique dans l’Etat d’Orissa a menacé de fermer l’une des forces les plus importantes : les écoles. Les évêques ont prévenu que si la violence continue, les écoles seront fermées.
 
* Pouvez-vous nous parler de l’importance des écoles et de l’éducation dans cette région, et ce qu’elle signifie ?
 
L’éducation est un des services très importants que l’Eglise offre au peuple. Même s’il s’agit d’une école chrétienne, 90% des élèves sont hindous et musulmans. Ce service est donc bien accepté et aussi respecté.
 
Et pourquoi fermer ces écoles ? D’une part, parce que nos frères souffrent, sont persécutés. Ils n’ont pas de maisons, il n’y a aucune sécurité. Et, d’autre part, on vous demande de fournir un service sans témoigner de solidarité à ces gens persécutés. Fermer les écoles est une façon de montrer notre solidarité et d’attirer l’attention sur le fait qu’on ne doit pas considérer notre service comme quelque chose d’acquis.
 
* L’année 2007 a été marquée par de sérieuses attaques ; l’année 2008 également, et les extrémistes en promettent encore plus. Avez-vous peur ? Quelle mesure pouvez-vous prendre pour prévenir ce genre d’attaques de la part des extrémistes ?
 
L’une est de bâtir la coexistence pacifique parmi les personnes de bonne volonté. Le niveau local est très important ; c’est là où les gens vivent, et s’ils sont ensemble, ce sont des personnes de l’extérieur qui incitent à la violence et divisent les gens. Si les personnes au niveau local restent ensemble, ceux du dehors ne pourront pas entrer. C’est pourquoi, instaurer la solidarité au niveau local parmi des groupes de religions différentes constituera la première mesure ; et restaurer la confiance perdue, pour rappeler que nous pouvons vivre ensemble, comme nous l’avons fait depuis des temps immémoriaux. Ce sera la première priorité.
 
En second lieu, bien entendu, nouer un dialogue avec ces extrémistes, ces fondamentalistes, parce que les idées qu’ils se font de l’Eglise sont étroites et erronées. Cette idée que l’Eglise dominera et prendra le contrôle de l’Inde est une impression totalement fausse ; si les conversions augmentent, et de façon considérable, le nombre de chrétiens aurait dû dépasser ce qui est prévu, mais ce n’est pas le cas. Selon le recensement officiel, le nombre est stabilisé. Il augmente moins que d’autres groupes, il n’y a donc pas de menace.
 
Nous avons noué un dialogue entre chefs chrétiens et ce groupe de fondamentalistes de VHP (Vishva Hindu Parishad) à Bajrang Dal, le 5 septembre, alors que la situation était encore chaude. Un certain «Mr. J» de J TV avait arrangé cette rencontre, et j’y suis allé pour savoir ce qu’ils avaient mal interprété de l’Eglise, les idées qu’ils se faisaient de l’Eglise et leur conception de notre service comme un stratagème pour convertir.   Si notre service est une ruse pour convertir, alors les milliers de gens qui ont passé par nos écoles et nos hôpitaux devraient être convertis ; et même certains de nos ministres, dont quelques chefs BJP – ils ont étudié dans nos écoles chrétiennes, et ils ne se sont pas convertis. Mais ils cherchent à détourner l’attention des gens en leur inculquant des impressions fausses et en leur communiquant des éléments faux sur l’Eglise. Aussi le dialogue clarifiera sûrement certaines questions.
 
* Cela ne fait-il pas partie de la croyance hindoue – du fait de la réincarnation – que si quelqu’un est dalit, c’est parce qu’il n’a pas mené une vie adéquate – dans la vie antérieure - aussi qu’il a la position qu’il mérite ? Et que s’il vit comme il faut, peut-être que dans une prochaine vie il appartiendra une caste supérieure ? Quel rôle joue cette croyance hindoue selon laquelle, en cherchant à améliorer la situation sociale de la personne maintenant, l’Eglise catholique ferait obstacle ou sèmerait la confusion dans la tradition hindouiste ? Etes-vous d’accord avec cela ?
 
Non, je ne suis pas d’accord ; après tout, je ne crois pas à la réincarnation, parce que la vie humaine est si précieuse. Elle est une image de Dieu lui-même. On ne peut pas se réincarner dans un chien. Cette opportunité est donnée aux êtres humains quand ils sont créés : tu choisis, ou tu fais maintenant ce que tu as à faire, ou jamais. Après la mort, on n’a rien à faire. L’heure du choix, c’est à présent : tu crois, tu acceptes, tu mènes une bonne vie et tu recevras ta récompense au ciel, ou en enfer.
 
Ce sont les deux choses que nous avons dans notre foi chrétienne – que tu ne deviendras pas un chien ou un animal ; nous n’y croyons pas. Mais puisque nos amis pensent qu’ils sont dans la tradition hindoue de la réincarnation, si c’est ce qu’ils croient, ils devraient le vivre.
 
Toutefois, certains d’entre eux ne voient pas leur responsabilité, maintenant ; s’ils pensent que, par le passé, ils ont accompli de bonnes oeuvres, et que c’est la raison pour laquelle il se trouvent dans une meilleure position, ne risquent-ils pas de perdre leur position meilleure s’ils accomplissent des actions mauvaises ? Donc, ils n’y croient pas, parce que s’ils y croyaient, ils feraient davantage attention aux mauvaises actions…
 
* Ils pourraient rétrocéder…
 
Revenir en arrière, je ne pense pas que leur foi l’envisage.
 
Ils croient en théorie, mais pas en vérité ; ils ne se soucient que du présent, de ce qui leur convient, de ce qui les intéresse sur les plans économique, social, ainsi que de la suprématie politique qu’ils entendent conserver. C’est la raison : la raison économique, politique et religieuse, et aussi leur caste. Toutes ces choses rendent cette situation très compliquée.
 
Qu’espérez-vous pour l’avenir des relations des chrétiens avec les autres groupes dans l’Etat d’Orissa ?
 
Les relations des chrétiens avec d’autres groupes, principalement hindous, revivront parce que déjà des voix s’élèvent, pour reconnaître les bonnes choses que font l’Eglise et les chrétiens, et que maintenant ils souffrent alors qu’ils sont innocents.
 
Par ailleurs, selon notre foi, notre souffrance ne sera jamais perdue. Une chose est sûre, elle ne sera pas perdue. La graine des martyrs, le sang des martyrs, est semence de foi. Je crois en cela – et que sûrement cela nous fera revivre ; la foi chrétienne et l’Eglise répondront à cet appel d’être le sacrement du salut en Orissa, à Kandhamal.
 
* Ils sont donc les agneaux ?
 
Oui, ce n’est pas nouveau. Des chrétiens ont souffert, ce n’est pas nouveau. C’est ainsi depuis les débuts du christianisme, en fait depuis les débuts de l’Eglise ; l’Eglise, dit-on, est née du côté transpercé de Jésus. 
Le salut du monde ne viendra pas de notre parole ni de notre service, mais en donnant notre vie, et cela à travers la souffrance.
 
* C’est ainsi que vous motivez vos fidèles ? En leur disant qu’une partie de notre vie en tant que chrétien est l’acceptation et la conscience que nous devons porter la croix du Christ ?
 
Oui, il n’y a pas d’autre chemin pour les chrétiens, à part la Croix. C’est ainsi : tuer ou être tué, les chrétiens ne tueront pas.  Jésus nous a enseigné : laissez-vous tuer. Si ma mort doit sauver les gens, je suis prêt.
 
Propos recueillis parMark Riedemann, pour l’émission télévisée « La où Dieu pleure », conduite par la Catholic Radio and Television Network (CRTN), en collaboration avec l’association Aide à l’Eglise en Détresse (AED).
Traduit de l’anglais par Zenit (E. de Lavigne)
© Source : Zenit

En savoir plus sur les religions grâce au site "Cherchons la paix"...  06/04/2013

En savoir plus sur les religions grâce au site "Cherchons la paix"...
Sites institutionnels chrétiens :
 
·         Eglise catholique de France : http://www.eglise.catholique.fr/
·         Fédération Protestante de France : http://www.protestants.org/
·         Eglise orthodoxe de France : http://eglise-orthodoxe-de-france.fr/
·         Eparchie maronite de France : http://www.notredameduliban.org/
·         Eglise chaldéenne : http://www.mission-chaldeenne.org/
·         Eglise copte orthodoxe de France : http://www.eglise-copte-orthodoxe-de-france.fr/
·         Eglise syriaque orthodoxe de France : http://cso-france.voila.net/Eglise_Syriaque_France.htm
 
·         Pax Christi France : http://www.paxchristi.cef.fr/
·         L’Œuvre d’Orient : http://www.oeuvre-orient.fr
·         Chrétiens de la Méditerranée : www.chretiensdelamediterranee.com
·         Custodie de Terre Sainte : www.custodia.org
·         Patriarcat Latin de Jérusalem : www.lpj.org/
·         Apostolat Prière : www.apostolat-priere.org
 
Sites institutionnels juifs :
 
·         CRIF – Conseil Représentatif des Institutions juives de France : http://www.crif.org/
·         Consistoire juif de Paris : http://www.consistoire.org/
 
Sites institutionnels musulmans :
 
·         Conseil Français du Culte Musulman : http://www.lecfcm.fr/
·         Grande Mosquée de Paris : http://www.mosquee-de-paris.org/
 
Sites Internet sur l’œcuménisme :
 
·         COE – Conseil œcuménique des Eglises : www.oikoumene.org
·         La Maison d’Unité : http://maisondunite.org/reuilly/  
 
Sites Internet sur l’interreligieux :
 
·         Religion pour la Paix : http://www.religionspourlapaix.org   
·         Maison islamo-chrétienne : www.lamaisonislamochretienne.com
·         Artisans de paix : http://www.artisans-de-paix.org/fr/
·         La Fontaine aux Religions  : http://www.lafontaineauxreligions.org/  
 
 * * *
Medias et émissions religieuses
 
 
Radio :
 
·         Radio Notre Dame : www.radionotredame.net
·         RCF Radio Chrétienne en France : www.rcf.fr
 
TV :
 
·         France 2 — Le jour du seigneur : www.lejourduseigneur.com
·         KTO : www.ktotv.com
 
Sites de la presse écrite :
 
·         La Croix : www.la-croix.com
·         Pèlerin : www.pelerin.info
·         La Vie :  www.lavie.fr
·         Famille Chrétienne : www.famillechretienne.fr
·         France Catholique : www.france-catholique.fr
·         Réforme : www.reforme.net
·         Témoignage chrétien : www.temoignagechretien.fr
·         Croire Aujourd’hui : www.croire.com
·         L’1visible : www.linvisible.com
·         Il est vivant : ilestvivant.com
·         Le Monde de la Bible : www.mondedelabible.com
·         Peuples du Monde : www.peuples-du-monde.fr
·         SOP — Service Orthodoxe de Presse et d’Information — France : www.orthodoxpress.com
·         La Documentation Catholique : www.doc-catho.com
 
Sites d’informations sur le net :
 
·         Agence Zenit, le monde vu de Rome : http://www.zenit.org/fr  
Saphirnews, quotidien musulman d’actualité : http://www.saphirnews.com/

Jacques Brosse : Un vrai bouddhiste est de toute nécessité un écologiste  06/04/2013

Jacques Brosse : Un vrai bouddhiste est de toute nécessité un écologiste
Pour Jacques Brosse, naturaliste et moine zen, l’engagement spirituel peut et doit être doublé par l’engagement écologique. L’exercice de la compassion est d’abord identification à autrui. Pour s’identifier, encore faut-il exactement connaître l’autre. Compassion et connaissance ne peuvent aller l’une sans l’autre. Un maître a dit : « Sagesse sans compassion n’engendre que l’orgueil, mais, sans sagesse, la compassion est aveugle. » Ce qui signifie qu’il faut connaître la nature pour la respecter et l’aimer.

L’engagement spirituel peut et doit être doublé par l’engagement écologique : ils sont complémentaires.
 
« Aussi nombreux que soient les êtres, je fais le vœu de les faire tous parvenir à la délivrance », tel est le premier des quatre grands vœux que prononcent les moines zen. Ces êtres, ce ne sont pas seulement les hommes, mais tous les êtres vivants, y compris, dit un commentaire, le moindre brin d’herbe. Ces vœux sont ceux du bodhisattva, de celui qui, parvenu à l’Éveil, refuse la récompense ultime, la délivrance définitive, le nirvâna, afin de se mettre encore et encore au service des autres. Il est bien précisé que le bodhisattva fait passer les autres avant lui.
 
Tel est pour nous l’exercice de la compassion, qui est d’abord identification à autrui, non-reconnaissance, dit maître Dôgen, du mien et du tien. Pour s’identifier, encore faut-il exactement connaître l’autre. Autrement dit, compassion et connaissance ne peuvent aller l’une sans l’autre. Un maître a dit : « Sagesse sans compassion n’engendre que l’orgueil, mais, sans sagesse, la compassion est aveugle. » Ce qui signifie qu’il faut connaître la nature pour la respecter et l’aimer. Un vrai bouddhiste est de toute nécessité un écologiste.
 
Un Occidental qui aborde le bouddhisme doit nécessairement réviser ses vues sur le rapport de l’homme avec la nature. Il ne peut plus admettre que l’homme soit « la mesure de toute chose », comme le soutenait Protagoras, et moins encore les absurdes propos de Descartes sur les animaux-machines. Descartes pratiquait lui-même la vivisection, puisque les animaux ne pouvaient souffrir. Un bouddhiste ne peut pas non plus accepter la déclaration de Descartes qui est d’ailleurs un sacrilège « Grâce à la science, l’homme sera désormais le maître et le possesseur de l’univers. » D’une telle prise de position, nous voyons aujourd’hui les conséquences. Si je devais donner quelques-unes unes des raisons qui m’ont, pendant un temps, écarté du christianisme, je devrais mentionner le passage bien connu de la Genèse, où Yahvé dit à Noé et ses fils après le déluge : « Soyez la crainte et l’effroi de tous les animaux de la Terre et de tous les oiseaux du ciel, comme de tout ce dont la Terre fourmille et de tous les poissons de la mer ; ils sont livrés entre vos mains. »
 
Le traducteur de la Genèse de la Bible de Jérusalem, le P. de Vaux ajoute : « L’homme est de nouveau béni et consacré roi de la création comme aux origines, mais son règne pacifique devient une loi de crainte. En suite du péché de l’homme, le nouvel âge qui commence sera un âge de lutte des animaux avec l’homme et des hommes entre eux. » Un tel propos me scandalisait déjà quand j’étais enfant. Je ne pouvais admettre que la chute de l’homme ait entraîné celle de toutes les autres créatures, la Terre elle-même était devenue pécheresse, peccamineuse, comme on disait naguère.
 
Comment fonder une écologie sur de telles bases ? Si je me suis tourné vers le bouddhisme, c’est un peu, pas seulement bien sûr, à cause de cela : son respect absolu de la vie, de toute vie, sa condamnation de toute violence à l’égard de qui que ce soit. Ce principe éthique s’appuie sur l’interdépendance, la solidarité de tous les êtres et l’interdépendance est, je souligne, un concept majeur de l’écologie. Un autre différence essentielle entre christianisme et bouddhisme, qui n’est pas sans relation avec la précédente, concerne le problème du Bien et du Mal, cette dichotomie radicale, ce dualisme absolu sur lequel, pour ne prendre que l’exemple du christianisme, a tant insisté saint Augustin qui était, avant sa conversion, manichéen. Ce dualisme radical s’est infiltré dans la doctrine même de l’Église : les élus et les damnés. Cette position est à l’origine de l’abominable prédestination, mais aussi des guerres et pas seulement des guerres de religion -mais toutes les guerres ne sont-elles pas des guerres de religion, comme le prouveraient nombre d’exemples contemporains ? L’ennemi, c’est le Mal incarné.
 
La position du bouddhisme est tout à fait autre, et même presque opposée. Il n’existe pas de Bien ni de Mal en soi, le Bien et le Mal sont des notions seulement relatives et même subjectives, elles reposent sur un jugement. D’ailleurs, ne savons-nous pas que d’un mal peut naître un bien, mais aussi d’un bien un mal ? De cela nous faisons tous l’expérience quotidienne. À ce propos, je citerai un exemple historique bien connu, celui de l’Empereur Ashoka qui régnait au IIIe siècle avant notre ère. Peu après avoir triomphé de ses ennemis, Ashoka fut pris d’horreur par les souffrances qu’il venait d’infliger. Alors il se convertit au bouddhisme et s’employa dès lors à faire régner dans tout son empire la paix et le bien-être de tous ses sujets, y compris les animaux. Il proscrivit les sacrifices sanglants des brahmanes. Lui-même cessa de chasser et devint végétarien. Ashoka fit construire nombre d’hôpitaux et d’hospices pour les hommes mais aussi pour les animaux.
 
Le bouddhisme prohibe la chasse, le sort des animaux dans les abattoirs et, bien sûr, la vivisection. Il ne peut pas non plus admettre le concept d’animal nuisible et, comme on dit dans nos campagnes, d’ennemis des cultures, qui sont des prétextes à une extermination radicale, à l’usage massif de pesticides qui sont dangereux pour la santé humaine et deviennent inefficaces contre les insectes visés.
 
Ici, je me permettrai de vous citer un exemple que j’ai moi-même vécu. Au cours d’un séjour en Chine, au printemps 1981, je m’étonnais de ne pas entendre le moindre chant d’oiseaux. J’en demandai la raison et on me répondit qu’auparavant, le président Mao avait décrété les oiseaux ennemis du peuple puisqu’ils en dévoraient les récoltes. En conséquence, on les avait exterminés. Vous pouvez vous représenter le désastre écologique qui en résultait.
 
Or le bouddhiste comme l’écologiste soutient que le concept même d’animal nuisible n’a pas de sens. On parle d’infestation, mais quand il y a infestation, c’est toujours l’homme qui en est le responsable, direct ou indirect. Nous savons maintenant que tout animal, aussi insignifiant qu’il nous paraisse, est indispensable à l’équilibre du milieu où il vit. De cela le bouddhiste est tout autant persuadé que l’écologiste. Pour le bouddhisme, la condition humaine n’est qu’une des six conditions d’existence possibles dans le cycles des naissances et des morts, le samsâra, que chacun d’entre nous a à parcourir tout entier jusqu’à la délivrance finale, le nirvâna. Telle est la loi du karma qui régit tous les êtres sans exception. Cet aspect essentiel de la doctrine est beaucoup plus développé dans le bouddhisme tibétain que dans le zen, je laisse donc le soin au lama Dordje de vous l’exposer plus complètement. Je me bornerai à en tirer les conséquences qui sont pour moi évidentes sur le plan qui fait le sujet de ces entretiens. Ce qui ressort de la loi du karma, c’est que nous avons été, ou serons, pas seulement des êtres humains, mais, par exemple, des animaux, ceci en fonction de nos actes (karma signifie « acte »). Suivant nos actes, nous progressons ou nous régressons.
 
Pour le bouddhisme, la condition humaine est à la fois la plus noble et la plus périlleuse, elle est marquée par la souffrance mais elle seule peut conduire à l’Éveil. Tout être humain dispose du pouvoir de choisir, lui seul peut dépasser le samsâra, l’abandonner et atteindre la délivrance. Cette liberté de choix, nous l’appelons la conscience. L’idée d’une transmigration des âmes de vie en vie n’est point du tout étrangère à l’histoire spirituelle de l’Occident et elle y a eu des répercussions comparables à celles qu’elle a engendrées dans le bouddhisme : le respect de toute vie, le respect en particulier de l’animal. L’orphisme, la spiritualité des mystères, a parcouru toute la civilisation grecque des origines à son absorption dans le monde chrétien, grâce aux relais qu’ont été Pythagore et Platon, et finalement les néoplatoniciens. L’orphisme condamnait radicalement les sacrifices sanglants qui constituaient le fondement du culte collectif officiel, il prohibait la consommation de toute chair animale. La principale justification de ces interdictions, sans lesquelles il ne pouvait y avoir de vie spirituelle était la croyance en la métensomatose qui peut être rapprochée, mais non confondue, avec la rétribution karmique. Je vous rappelle, par exemple, la fameuse déclaration d’Empédocle dans ses Purifications : « Car je fus, pendant un temps, garçon et fille, arbre et oiseau, et poisson muet dans la mer. J’ai pleuré et sangloté à la vue de cette demeure inaccoutumée. » Or cet état d’esprit s’est prolongé longtemps, même après la venue du christianisme dont elle a influencé certains penseurs, par exemple Origène. Dans un de ses textes majeurs, Porphyre dit que si l’on veut mener la vie spirituelle on ne doit ni tuer les animaux ni consommer leur chair.
 
Certains biologistes actuels se demandent s’il n’y aurait pas lieu de rapprocher karma et hérédité. Quant à la notion de d’évolution, elle était courante dans le bouddhisme qui n’a pas attendu Darwin, comme, pour ce qui est de l’inconscient, le bouddhisme n’a pas attendu Freud et Jung. La conscience, c’est ce qu’a développé aux IVe-Ve siècle de notre ère l’école Vijnâvâda, l’école de l’enseignement sur la conscience, d’Asanga et Vasubandhu. La conscience, pour nous, est le réseau d’appréhension privilégié de nous-même en tant qu’être indépendant qui n’existe que par les autres et pour les autres, elle est le réseau de relation avec l’autre et avec le monde, ce mode de communication, ou plutôt de communion. Or, cette conscience peut être somnolente et lucide, claire et troublée. Et cela dépend de nous. L’exercice de la méditation quotidienne vise à cela : la purification de la conscience jusqu’à ce qu’elle devienne le miroir dans lequel se reflète l’univers ou, pour le croyant, Dieu.
 
C’est cela que nous appelons l’Éveil. Et encore une fois, il ne dépend que de nous. Nous sommes entièrement responsable de cette évolution. Pour le zen, l’Éveil est l’accomplissement de l’homme, de ses potentialités, de leur réalisation. Un homme non éveillé n’est pas encore un homme. Tels sont, en bref, les principes du zen, du moins tels que je les ai compris et tels que je les enseigne. Mais le zen n’est lui-même que l’enseignement fondamental du Bouddha Çâkyamuni et sa mise en pratique. Cette pratique est pour nous le zazen, la méditation/contemplation dans la posture du Bouddha lors de son Éveil, posture qui réalise le parfait équilibre du corps, et par voie de conséquence celle de l’esprit, à partir duquel la conscience purifiée par l’ascèse peut percevoir différemment la réalité, dans la mesure où par elle-même, la posture permet de laisser de côté le mental et ses déformations, qui sont les fondements même du moi. Le zen est donc le reflet de cet enseignement fondamental, comme en est un autre le Vajrayâna, le bouddhisme tibétain, représenté ici par le lama Dordje.
 
J’en viens maintenant à des considérations plus pratiques et, je vous prie de m’en excuser, plus personnelles. Je vous ai dit que, devenu bouddhiste, j’étais néanmoins resté chrétien, ce qui demande, je crois, quelques explications. Ma femme, Simonne Jacquemard, et moi-même, nous avons été tous deux élevés dans le catholicisme le plus authentique et le plus rigoureux, elle par des religieuses et moi par des prêtres. Nous avons été l’un comme l’autre des enfants très pieux, très croyants. Je dois ajouter que de cette éducation nous avons gardé un excellent souvenir : elle nous a épanouis spirituellement. Elle nous a aussi donné quelques guides de conduite auxquels nous sommes restés fidèles, essentiellement l’amour du prochain. Mais, devenus grands (nous nous sommes connus très jeunes, nous avions 17 et 19 ans) et pouvant disposer de nous-mêmes, nous sommes devenus spontanément naturalistes et, bien que nous ayons étudié au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, essentiellement des naturalistes de terrain, ce que l’on appelait alors non pas encore des écologistes, mais des protecteurs de la nature.
 
Il nous semblait en effet urgent, dans les années 50, de protéger une nature que l’homme moderne et la civilisation dite de consommation ne cessaient de dégrader. Depuis lors, nous avons vécu à la campagne, dans les bois, et nous avons consacré toutes nos ressources à la constitution de réserves naturelles, où la vie animale comme la vie végétale serait intégralement non seulement protégée, mais soutenue et aidée. Ainsi, nous avons élevé quantités de bêtes dites sauvages de toutes espèces. Par exemple, ma femme a élevé et apprivoisé vingt-cinq renards. Ceci pour mieux connaître cette wildlife qu’est la nature. Notre intimité avec elle ne nous permettait plus de considérer la nature comme pécheresse, ce qui pour nous était d’ailleurs une offense au Créateur.
 
Aujourd’hui, j’enseigne conjointement et alternativement le bouddhisme zen et l’écologie, pas toujours d’ailleurs aux même personnes. Mais mes élèves dans le zen sont aussi des écologistes pratiquants. La plupart l’étaient déjà spontanément. Je n’ai eu qu’à les encourager dans cette voie. Quelle que soit leur profession : éducateurs ou danseurs, artistes ou infirmières, tous vivent à la campagne, cultivent leur jardin et leur potager, nourrissent les oiseaux, sont des opposants à la chasse. Nous formons une petite communauté monastique sdf. Je m’explique : notre communauté n’a pas, en tout cas pas encore, de domicile fixe. Les périodes de pratique intensive, en langage zen les sesshins, qui sont plus ou moins longues, ont lieu là où on nous invite, par exemple au centre tibétain Dhagpo Kagyu Ling, dirigé en Dordogne par mon ami Jigme Rinpoché que représente ici lama Dordje, mais aussi dans les monastères catholiques, par exemple, l’abbaye bénédictine de Ligugé dont je connais bien l’abbé qui est devenu un ami. Du bouddhisme lui-même, je n’ai pu vous donner qu’un aperçu très partiel, et très partial, même, puisque c’est le mien.
 
Jacques Brosse
(né en 1922, mort en 2008, était naturaliste, moine zen, historien du christianisme et philosophe.)
© Source : http://www.buddhachannel.fr/  - 19 mars 2009

Fatouma Marie-Thérèse Djibo : Le plus grand geste qu’un musulman ait jamais fait pour un chrétien  06/04/2013

Fatouma Marie-Thérèse Djibo : Le plus grand geste qu’un musulman ait jamais fait pour un chrétien
L’Afrique subsaharienne est une des parties du monde les plus religieuses et le nombre de musulmans comme de chrétiens y a été multiplié par plus de 20 au cours du siècle dernier. Les tensions entraînées par la compétition entre eux, tout comme les divisions entre courants et Eglises rivales, sont nombreuses ; elles peuvent engendrer des conflits souvent sanglants. Mais à l’image de Fatouma Marie-Thérèse Djibo, des hommes et des femmes croyants peuvent aussi devenir des artisans de dialogue et de paix, incarner la sagesse qui demeure dans cette région du monde une valeur première.

« Je suis Fatouma Marie-Thérèse Djibo. Je suis née et j’ai été élevée musulmane dans une famille dont l’islam remonte au XVème siècle. Après une longue quête de Dieu et un long cheminement spirituel, j’ai fini par choisir de suivre Jésus-Christ. Mon baptême a entraîné ma répudiation conjugale et mon bannissement familial et social pour quelques mois. De part mes situations socioprofessionnelles, j’ai été en contact régulier avec les plus influents leaders religieux musulmans et politiques.
 
Depuis mon adhésion à la foi chrétienne à ce jour, j’ai eu la joie de constater l’important et grand effort qui a été fait quant aux rapports officiels des leaders de l’Eglise catholique avec ceux de l’islam. Il est aussi important de noter que l’Eglise catholique a réussi, de surcroît, à entraîner les Eglises et associations évangéliques (protestantes) dans l’esprit d’ouverture à la rencontre et au dialogue avec nos frères musulmans. Ces derniers constituent 95 % de notre population, la grande majorité étant sunnite (98,6 %). Dans sa majorité, la  communauté musulmane est plutôt tolérante et les autorités politiques et administratives sont bienveillantes vis-à-vis de la religion chrétienne et de l’Eglise catholique en particulier. Elles estiment et apprécient leur engagement dans la rencontre, le témoignage de vie et le travail de qualité mené dans les œuvres sociales, en particulier dans le domaine de l’enseignement et de l’éducation. Malgré tout, les rapports ont été longtemps informels et très timides.
 
A partir de 2002, cette patience a commencé à porter des fruits concrets qu’il convient d’apprécier et qui sont le résultat de l’engagement personnel de nos jeunes évêques rn général, et de Mgr Michel Cartatéguy en particulier, qui s’investit entièrement sur tout ce qui touche la vie de la population nigérienne. Beaucoup  de gestes d’amitié vraie m’ont marqué comme celui-ci : au décès du vénérable cheick Boubacar Hassoumi de Kiota, qui fut considéré comme un saint de son vivant attirant des foules venant de toute l’Afrique. Mgr Michel, son vicaire général et moi-même nous sommes rendus à Kiota, dans la matinée du jour du décès, pour apporter la compassion de l’Eglise catholique à la famille et à la communauté endeuillée. Au milieu des premiers dignitaires de la confrérie – d’autres cheicks, des ministres musulmans, des ambassadeurs des pays arabes, etc. -, le fils aîné du défunt, son successeur actuel, nous a reçus avec grande amitié. Nous avons été conduits devant la dépouille du vénérable cheick, dans sa chambre, ce qui est un privilège rare. Tous les trois, nous sommes mis à genoux et avons prié longuement. Plusieurs dignitaires et fidèles musulmans ont dû attendre la fin de notre prière pour s’incliner sur le corps. Ce geste est le plus grand et le plus respectueux qu’un musulman ait jamais fait pour un chrétien au Niger.
 
L’affaire des caricatures et les paroles du pape Benoît XVI n’ont pas eu d’effet parce qu’en amont Mgr Michel Cartatéguy rencontre régulièrement le président de l’Association islamique du Niger, Elhadj Oumarou Soumaïla. Il entretient également de bons rapports avec plusieurs responsables d’associations islamiques. Une amitié ainsi qu’une relation vraie sont nées et nous mettent à l’abri des conflits.
 
A mon humble appréciation, tous ces fruits sont l’œuvre et l’engagement personnels de notre évêque qui est resté dans la ligne de ses prédécesseurs. Il œuvre inlassablement pour que la rencontre des chrétiens et des musulmans devienne une réalité. Sa grande humilité, son ouverture et sa disponibilité font de lui un précieux « conseiller-consultant » de plusieurs leaders musulmans. N’est-ce pas le meilleur chemin pour apporter la Bonne Nouvelle et annoncer Jésus-Christ ! »
 
Fatouma Marie-Thérèse Djibo, 
Responsable nationale de la Commission chrétienne de dialogue islamo-chrétien au Niger
___________
Addenda :
 
L’Afrique subsaharienne est une des parties du monde les plus religieuses et le nombre de musulmans comme de chrétiens y a été multiplié par plus de 20 au cours du siècle dernier. Selon une étude du centre d’études américain Pew Research Center publiée le 15 avril 2010, un chrétien sur cinq dans le monde et un musulman sur sept vivent en Afrique subsaharienneSur le continent tout entier « les deux religions s’équilibrent » autour de 400 millions de chrétiens comme de musulmans. Les tensions entraînées par la compétition entre eux, tout comme les divisions entre courants et Eglises rivales, sont  nombreuses ; elles peuvent engendrer des conflits souvent sanglants. Mais des hommes et des femmes croyants peuvent aussi devenir des artisans de dialogue et de paix, incarner la sagesse qui demeure dans cette région du monde une valeur première. Ce témoignage en est un exemple concret.
 
© Source : La Croix, 30 avril 2010

Imam Mohamad Bashar Arafat : Une organisation pour apprendre à faire la paix  06/04/2013

Imam Mohamad Bashar Arafat : Une organisation pour apprendre à faire la paix
Pour l’Imam Mohamad Bashar Arafat, fondateur de la Civilizations Exchange and Cooperation Foundation, les chefs religieux devraient prêcher l’esprit de la parole de Dieu qui ne fait aucune distinction de couleur ni de croyance et que l’on trouve dans les révélations divines de toutes les religions. Dieu a voulu que nos sociétés soient différentes sur les plans culturel et religieux, comme il est dit dans le Coran: « Si ton Seigneur [l']avait souhaité, il aurait fait des humains une seule nation. Or, ils ne cessent de diverger » (11:118).

Civilizations Exchange and Cooperation Foundation (CECF),
Une organisation pour apprendre à faire la paix
 
Enseigner – et encourager – des valeurs qui favorisent la compréhension de la diversité, c’est le rôle de tous les chefs religieux, quelle que soit leur religion. C’est quelque chose que le Coran prône constamment.
 
En tant qu’imam ayant servi en Syrie pendant neuf ans puis aux Etats-Unis pendant vingt ans, je remercie Dieu de m’avoir permis de vivre dans une société diversifiée sur les plans culturel et religieux. Je me demande souvent comment notre famille humaine, qui occupe ce village planétaire qui jouit de la communication et des transports de masse, va apprécier nos points communs qui dépassent de loin nos différences.
 
Peu de temps après mon arrivée aux Etats-Unis, je me suis rendu compte que beaucoup de gens ne saisissaient pas les véritables préceptes de l’islam ni le rôle qu’avaient joué les civilisations musulmanes auprès des sociétés américaines et européennes. Ce manque de connaissance et de compréhension sont des obstacles majeurs à la coexistence harmonieuse entre musulmans et non-musulmans. Il est vrai que les médias n’évoquent pas tout ce que les religions ont en commun, ni ne se concentrent sur la nécessité d’établir des relations interreligieuses.
 
C’est l’une des raisons qui m’a poussé à créer la Civilizations Exchange and Cooperation Foundation(CECF), une organisation qui encourage la coopération plutôt que la confrontation entre des personnes de confessions et cultures différentes au moyen de programmes d’échange entre professionnels, membres du clergé et étudiants, et de séminaires et de cours d’éducation culturelle, dispensés aux Etats-Unis, en Jordanie, en Egypte, en Espagne et au Maroc.
 
Un élément essentiel à la CECF est la conférence annuelle interreligieuse sur le leadership des jeunes appelée Better Understanding for a Better World(BUBW) (une meilleure compréhension pour un monde meilleur) que j’ai créée dans le but de rassembler des étudiants du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord. Suite à la première conférence qui a eu lieu en 2006, j’ai commencé à comprendre qu’il était urgent d’offrir aux jeunes du monde entier des expériences comme celle-ci, en leur donnant l’occasion de rencontrer des camarades pouvant venir de trente-cinq pays différents et de partager des connaissances sur l’histoire, la culture, les religions et la politique de leurs pays et de leurs peuples respectifs.
 
Ce qu’ils ont le plus apprécié, cependant, c’est la composante interreligieuse du programme. Chaque groupe se voit offrir la visite guidée d’une mosquée, d’une synagogue et d’une église et peut rencontrer le clergé des grandes religions abrahamiques qui décrira les doctrines et l’histoire de leurs traditions religieuses. Bon nombre de ces étudiants n’ont jamais eu l’occasion d’écouter des membres du clergé d’autres religions que la leur expliquer le fond de leur foi et faire la lumière sur leurs pratiques religieuses. Et je pense que bon nombre d’étudiants n’ont entendu que des propos déformés sur les autres religions ou appris sur ces religions que par le prisme du conflit politique ou social.
 
Il est toujours émouvant pour moi de voir ces jeunes – qui incarnent l’espoir et l’avenir de chacun des pays qu’ils représentent – changer à la fin de la conférence. Grâce à leurs connaissances accrues en matière de religions, de cultures et de peuples, non seulement ils prennent confiance en eux, mais ils savent apprécier la valeur du dialogue interreligieux. Certains vont même jusqu’à pleurer lorsqu’ils s’apprêtent à rentrer chez eux, car ils savent combien ils regretteront ces journées qui ont impliqué d’énormes changements dans leurs vies.
 
Au terme de la première conférence de BUBW, qui s’est tenue à Orlando en 2006, un étudiant libanais avait tenu ces propos : « J’ai ressenti un grand soulagement. Je vois maintenant combien nous nous ressemblons tous! Personnellement, toutes les activités m’ont enseigné quelque chose. Je me suis rendu compte à quel point il est idiot de se disputer au sujet de la religion. » Un autre étudiant, originaire du Ghana, qui a participé à la conférence de Baltimore en 2010, s’est exprimé sur l’impact que revêt l’apprentissage de la paix à travers le dialogue interreligieux: « Depuis que je suis rentré de cette conférence, à chaque fois que je prends le temps d’y réfléchir, ça me pousse encore plus à vouloir faire davantage pour le monde… Maintenant, il faut que je rentre chez moi, au Ghana, et que j’oeuvre pour la paix en relation avec la CECF. »
 
La seule voie à suivre pour nous tous, jeunes et vieux, en tant que famille aux origines et religions diverses, est de marcher ensemble sur le chemin du dialogue interreligieux qui remplace l’ignorance par la compréhension, l’indifférence par l’attention, l’avidité par la générosité et le conflit par la paix et l’amour.
 
Imam Mohamad Bashar Arafat
 
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Imam Mohamad Bashar Arafat est président du Conseil des affaires islamiques du Maryland et le fondateur de la Civilizations Exchange and Cooperation Foundation.
 
© Source : http://www.emarrakech.info/   – CGNEWS le 7 Octobre 2010

Enfants juifs, musulmans et chrétiens à l’école de la paix  06/04/2013

Enfants juifs, musulmans et chrétiens à l’école de la paix
Peu importe l’état d’avancement des négociations pour la paix, 900 enfants juifs, musulmans et chrétiens âgés de 3 à 17 ans se retrouvent au quotidien dans l’une des quatre écoles mixtes d’Israël. Ces écoles sont exceptionnelles par leur mixité confessionnelle. « Construire la paix à travers une éducation commune », est leur leitmotiv. Interview de Ira Kerem, en charge de la communication de l’école «Hand in Hand» et des relations avec les mécènes. Elève juive, élève arabe, main dans la main : vision ordinaire… dans une école pas comme les autres.

Peu importe l’état d’avancement des négociations pour la paix, 900 enfants juifs, musulmans et chrétiens âgés de 3 à 17 ans se retrouvent au quotidien dans l’une des quatre écoles mixtes d’Israël. Ces écoles sont exceptionnelles par leur mixité confessionnelle. «Construire la paix à travers une éducation commune», est leur leitmotiv. Interview de Ira Kerem, en charge de la communication de l’école «Hand in Hand» et des relations avec les mécènes. Elève juive, élève arabe, main dans la main : vision ordinaire… dans une école pas comme les autres.
 
Deux amis éducateurs et anciens étudiants de l’Université Hébraïque, Gordon Lee, Juif Américain, et Amin Khalif, Palestinien, se retrouvent en 1997 à Jérusalem. Ils souhaitent construire un dialogue entre culture juive et arabe. Séparés dès la maternelle, comment Juifs et arabes peuvent-ils dialoguer ? Ils créent l’école « Hand in Hand » (main dans la main) à Jérusalem, administrée conjointement par un principal juif et un principal arabe. Les cours seront dispensés de concert par un enseignant juif et un confrère arabe, en hébreu et arabe. L’aventure démarre avec une classe de maternelle de 20 élèves accueillie dans un établissement « traditionnel ». LeKindergarten a évolué en campus à Jérusalem Sud entre le quartier juif de Pat et le quartier arabe de Beit Zafafa. Il accueille les enfants de la maternelle à la fin de l’école secondaire. La classe de 12e vient d’obtenir les meilleures notes des écoles de Jérusalem en éducation civique aux examens d’inscription à l’Université. Les trois autres écoles ouvertes en Israël n’offrent pas encore le cursus complet.
 
- Ira Kerem, quel est le but, l’esprit des écoles Hand in Hand ?
 
Le réseau «Hand in Hand» est une approche audacieuse pour casser le système éducatif ségrégationniste en Israël où Juifs et arabes suivent des programmes différents dans des écoles différentes et dans des langues différentes. Ici le programme est dispensé à la fois en arabe et en hébreu aux élèves arabes et juifs par des co-enseignants juifs et arabes. Savoir parler la langue de l’autre dès la maternelle est un premier pas pour casser les stéréotypes négatifs de chacun avant son entrée à l’école. Les élèves apprennent les concepts et pratiques des religions, traditions, histoires et cultures aussi bien juives qu’arabes. Les jours fériés des chrétiens, Juifs et musulmans sont étudiés et célébrés ensemble.

- Les enfants deviennent-ils biculturels, ou créent-ils une culture mixte ?
 
Ils sont multiculturels et apprennent à la fois la culture juive et arabe. Ils apprennent beaucoup sur les différentes religions – judaïsme, islam et le christianisme aussi bien d’Orient que d’Occident. Ils ne créent pas une nouvelle culture mais apprennent les uns des autres avec un grand respect. Un des thèmes majeurs de l’école secondaire de Jérusalem est «Apprendre aujourd’hui à changer demain». Nous les entrainons à devenir des acteurs du changement social. Nous ne voulons pas que leur éducation s’arrête aux portes de l’école, mais qu’elle ait un impact sur la société. Nous cherchons à leur apprendre à être conscients, à posséder un esprit critique, à être capable d’analyser et d’agir sur des problèmes liés à la paix et à la société civile. La paix viendra quand les gens se verront comme des personnes et non des stéréotypes.
 
- Parlent-ils des «mauvaises nouvelles» ?
 
Ils parlent de l’actualité qui correspond souvent aux «mauvaises nouvelles». Ils ne sont pas toujours d’accord, mais nous leur apprenons à écouter l’autre, à essayer de comprendre des points de vue différents et à les respecter. Au début de la guerre de Gaza, chaque classe a passé deux ou trois heures pendant lesquelles les élèves exprimaient leurs sentiments. Au final, ils ont collecté des couvertures, des vêtements… Ils les ont donné à Gaza et Sderot, une ville juive qui subissait des tirs de missiles en provenance de Gaza depuis des années. Il y a réellement le sentiment à «Hand in Hand», que la violence ne devrait pas être un moyen de résoudre les conflits. La violence envers les civils n’est certainement pas un chemin vers la paix. Les enfants ne laissent pas les conflits interférer dans leurs amitiés. Ils comprennent que les gouvernements n’agissent pas toujours en leur nom et sont assez matures pour ne pas personnaliser le conflit.
 
- Les parents juifs et arabes se rapprochent-ils ?
 
Oui. Ceci est une grande victoire. Chaque classe a son comité de parents qui décident ensemble des programmes spéciaux et des sorties à organiser. Ils se rencontrent grâce aux enfants : visites chez les copains, anniversaires… Les parents apprennent à se connaître et deviennent souvent amis. Ils sortent ensemble et parfois partent même ensemble en vacances.
 
- Une éducation commune est-elle une condition indispensable selon vous pour changer les états d’esprits ?
 
La paix viendra quand les gens se verront comme des personnes et non des stéréotypes. Un des meilleurs moyens de casser les stéréotypes négatifs que nous avons les uns des autres, est d’amener les gens à devenir amis avec «l’autre» et voir l’humanité que nous avons tous en commun. Une éducation commune progressive aide indéniablement, mais Israël n’est pas encore prêt. Le plus que nous pouvons faire est d’offrir cette éducation intégrée à autant de parents que possible. Comme les enfants, les adultes peuvent apprendre à construire la paix ensemble. Les écoles sont des messagers d’espoir et une voie pour changer la société.
 
© Source : Sylvia Marty, Le Monde des Religions, 14/03/2011
cité dans http://www.jerusalem-religions.net

Un cinéaste juif réfute la théorie du conflit dans un film documentaire  06/04/2013

Un cinéaste juif réfute la théorie du conflit dans un film documentaire
Lewis Gropp, écrivain, fait la critique d’un film documentaire sur la période la plus grande mais aussi la moins connue de l’histoire de l’Europe : L’Espagne musulmane. Out of Cordoba met en vedette deux philosophes du XIIe siècle – un musulman et un juif – dont les messages de coexistence positive résonnent très fortement, même aujourd’hui. Les juifs, les chrétiens et les musulmans vivaient ensemble, le plus souvent pacifiquement, au nom de la convivencia. Cordoue était la capitale d’une région qui constituait un centre culturel et économique majeur des mondes méditerranéen et musulman.

Out of Cordoba est un film documentaire sur la période la plus grande mais aussi la moins connue de l’histoire de l’Europe: L’Espagne musulmane. Pendant près de 800 ans, de larges bandes de la Péninsule ibérique ont été sous contrôle musulman. Al-Andalus, le nom de l’Espagne mauresque, est jusqu’à ce jour considérée comme une ère empreinte de tolérance. Les juifs, les chrétiens et les musulmans vivaient ensemble, le plus souvent pacifiquement, au nom de la convivencia(coexistence). Cordoue était la capitale d’une région qui constituait un centre culturel et économique majeur – des mondes méditerranéen et musulman.
 
Dans Out of Cordoba, sorti l’an dernier mais que l’on peut désormais se procurer dans les établissements scolaires partout aux Etats-Unis, le cinéaste juif américain Jacob Bender, répond à l’idée du choc des civilisations en évoquant l’esprit tolérant de Cordoue et en retraçant l’histoire de deux philosophes du XIIe siècle: le juif Maïmonide et le musulman Ibn Rushd (Averroès). Comme l’explique Jacob Bender au début du film, après les attentats terroristes de New York, sa ville natale, il a ressenti le besoin de trouver un nouvel espoir et un idéalisme afin de réfuter la théorie du conflit. Retracer l’histoire selon l’esprit d’Ibn Rushd et de Maïmonide et, dans une certaine mesure, le propre pèlerinage d’espoir de Jacob Bender, montre que la tolérance et la pensée libre – dans le passé et de nos jours – peuvent aider à réduire les clivages même les plus profonds.
 
Maïmonide et Ibn Rushd étaient philosophes, juristes et médecins, défenseurs des idées aristotéliciennes et partisans de la pensée logique et libre. Dans le Cordoue d’aujourd’hui, le film suit Jacob Bender lors de ses rencontres avec des gens inspirés par l’esprit des deux hommes. Parmi eux, un imam qui lit à haute voix une fatwa (un avis religieux) contre Oussama ben Laden, le traitant d’infidèle en raison des crimes violents qu’il a commis.
 
Jacob Bender s’entretient aussi avec le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos, qui affirme que Maïmonide et Ibn Rushd l’ont inspiré en tant que diplomate. Les deux hommes sont des figures historiques, explique M. Moratinos, qui prouvent que la coexistence du judaïsme, du christianisme et de l’islam ne conduit pas inévitablement au conflit et à la confrontation mais qu’elle peut être une inspiration mutuelle en vue de réalisations culturelles extraordinaires.
 
Les spectateurs suivent ensuite Jacob Bender sur les traces de Maïmonide et d’Ibn Rushd à travers la région méditerranéenne. Il met le cap sur le Maroc où il rencontre André Azoulay, un citoyen juif et conseiller du roi du Maroc. M. Azoulay parle de dialogue culturel et souligne combien il est urgent d’écouter le message de tolérance de ces deux hommes originaires de Cordoue. « Maïmonide nous a appris, à nous les Juifs, à faire de notre judaïsme un instrument de réconciliation et non un outil dogmatique où le fondamentalisme trouve refuge », dit-il. « Dans le monde musulman, [Ibn Rushd] incarne le même rationalisme. »
 
L’un des moments les plus émouvants du film est la rencontre de Jacob Bender avec le rabbin Arik Ascherman à Jérusalem. Jacob Bender déclare qu’au départ, il ne pouvait imaginer pouvoir inclure des politiques contemporains dans un film sur Maïmonide. Les efforts accomplis par Arik Ascherman pour réconcilier les juifs et les musulmans – en ayant recours aux traditions religieuses juives et à Maïmonide – ont semblé suggérer le contraire.
 
« Maïmonide nous a appris que nous ne pouvons pas faire l’autruche; nous ne pouvons pas esquiver les problèmes », affirme M. Ascherman. « Nous devons tenter de les attaquer de front. Nous devons résoudre les conflits auxquels nous sommes confrontés. Pour ce faire, nous devons trouver un moyen de voir l’image de Dieu dans nos frères et nos soeurs d’origine musulmane. »
 
Le point de vue de M. Ascherman est que le statu quo devrait changer du tout au tout et que la religion devrait faire partie de la solution dans le conflit israélo-palestinien. Avec une voix tremblante d’indignation, le rabbin décrit les injustices et la violence vécues par de nombreux Palestiniens comme la destruction de leurs maisons dans Jérusalem-Est par les bulldozers. Il compare son organisation, Rabbis for Human Rights (Rabbins pour les droits de l’homme) à la « conscience d’Israël », une structure au sein de laquelle les rabbins font campagne pour les droits de leurs compatriotes, les Israéliens palestiniens et les Palestiniens dans les territoires occupés.
 
Le film s’achève sur David Burrell, un professeur de théologie, chrétien, qui souligne que pour avoir étudié avec un esprit critique leurs propres traditions religieuses et adopté des traditions qui au départ n’étaient pas les leurs, Ibn Rushd et Maïmonide font figure de pionniers.
 
Enfin, après avoir suivi les traces d’Ibn Rushd et de Maïmonide et voyant les personnes qui restent encore aujourd’hui très inspirées par ces deux figures, Jacob Bender regarde l’allure de Jérusalem, une ville devenue synonyme de dissension humaine, et déclare qu’au terme de son voyage, il ne peut s’empêcher de croire à l’existence d’alternatives au choc des civilisations et au pouvoir de réconciliation interreligieuse.
 
Lewis Gropp
 
Pour en savoir plus :
http://outofcordoba.com/
 
___________
Lewis Gropp est un journaliste indépendant basé à Cologne en Allemagne. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).
 
© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 19 juillet 2011, www.commongroundnews.org  

Moyen-Orient : l’attention portée aux autres peut-elle contribuer à rapprocher ?  06/04/2013

Moyen-Orient : l’attention portée aux autres peut-elle contribuer à rapprocher ?
Aviad Haramati et Nancy Harazduk, enseignants à l’Ecole de médecine de l’Université Georgetown, offrent une nouvelle perspective en matière de résolution des conflits : réunir des médecins, des infirmières et des travailleurs sociaux de différents pays du Moyen-Orient pour qu’ils partagent leur expérience en matière de soins apportés aux personnes atteintes d’un cancer. Pour ces deux professeurs juifs d’une université jésuite, avoir l’occasion de travailler avec du personnel médical musulman, chrétien et juif dans un tel cadre est une expérience émouvante.

Washington, DC – Les nouvelles quotidiennes du Moyen-Orient sont en général cause de pessimisme : un état de conflit permanent semble s’étendre dans toute la région. Pourtant, chaque année, un événement remarquable a lieu à Larnaca (Chypre) – pour le moins, durant quelques jours. Ces quelques jours donnent un aperçu de ce qui peut se produire quand les gens se sentent en sécurité pour communiquer les uns avec les autres dans un environnement authentique où l’on ne porte pas de jugements.
 
Chaque année, le Middle East Cancer Consortium (MECC), une initiative qui a débuté sous l’administration Clinton, réunit durant trois jours, à Larnaca, une quarantaine de professionnels de santé (médecins, infirmiers et travailleurs sociaux) de nationalités différentes, chargés de s’occuper des cancéreux, afin de partager certains aspects de leur travail en matière d’oncologie et de faire connaître les pratiques les plus abouties en termes de soins dans ce domaine. Le MECC a été créé avec le soutien des ministères de la Santé d’Israël et de l’Autorité palestinienne auxquels se sont associés l’Egypte, la Jordanie, Chypre et la Turquie.
 
Une particularité est à relever : chaque jour, les participants – des Egyptiens, Israéliens, Jordaniens, Palestiniens, Chypriotes et Turcs – passent deux heures à faire de la méditation, de l’imagerie mentale et même des mouvements expressifs destinés à réduire le stress et à favoriser la conscience de soi. Ces personnes qui sont des professionnels de santé sont divisées en deux groupes; l’un dirigé par Aviad Haramati, professeur de médecine ; l’autre par Nancy Harazduk, directrice d’un programme portant sur le corps et l’esprit. Le but de ces séances est de donner aux participants les moyens d’améliorer le contrôle de soi, d’accroître le bien-être et de promouvoir les relations d’aide dans un esprit collégial. Il ressort que le résultat est fantastique. Au terme d’une journée seulement, les personnes originaires de pays techniquement en conflit – des personnes qui avaient peu de chances de communiquer les unes avec les autres, encore moins de partager des histoires ou sentiments personnels – finissent par vraiment s’intéresser aux autres et exprimer clairement leurs sentiments.
 
Comment cela se fait-il ? Nous ne cessons de nous poser la question. Pourtant, c’est ce que nous avons observé chaque année depuis que notre groupe de l’Ecole de médecine de l’Université Georgetown a été invité à rejoindre le MECC en 2005.
 
Ces personnes supposées ennemies ont en commun leur dévouement et leur engagement auprès de patients souffrant du cancer. Toutefois, nous pensons qu’en établissant des règles de base qui consistent à respecter la confidentialité, à ne pas juger et à écouter l’autre avec tolérance et bienveillance, nous pouvons favoriser le développement de liens solides et vrais entre les participants.
 
Le séminaire se déroule en trois parties. La première partie est « la présentation » – les participants, sont assis en cercle ; ils peuvent raconter ce qu’ils vivent émotionnellement, physiquement et spirituellement à travers leurs vies professionnelles et familiales et évoquer le défi qui consiste à trouver un équilibre entre les deux.
 
Cet exercice a permis de profonds échanges. Il y a quelques années, par exemple, une infirmière palestinienne a raconté que son fils avait été tué par des soldats israéliens. Une travailleuse sociale israélienne a alors confié que son fils avait été tué par des Palestiniens. Les deux mères éplorées, nourries par le même chagrin, se sont levées et sont tombées dans les bras l’une de l’autre, au beau milieu du groupe.
 
Cette année, un médecin spécialisé dans le traitement pour enfants atteints de cancer a fait part de sa peine après avoir appris la mort d’un de ses jeunes patients âgé de douze ans. Les membres du groupe, d’origines différentes, l’ont réconforté et écouté avec attention alors qu’il décrivait sa relation avec l’enfant et la souffrance causée par son décès.
 
Parfois, les discussions sont légères et drôles. Les participants racontent les fameuses histoires liées au dysfonctionnement des systèmes de santé et aux problèmes de bureaucratie.
 
La deuxième partie du séminaire consiste à découvrir l’une des approches relatives au corps et à l’esprit (méditation, imagerie ou mouvement) et la troisième partie implique que l’on raconte ce qu’elle a apporté.
 
Permettre d’exprimer ce que l’on a vécu dissipe la méfiance et crée le sens de la communauté, même entre étrangers, car les participants apprennent les uns des autres et s’aperçoivent qu’ils ont plus de points communs que de différences. L’exercice identifie les problèmes sérieux auquels sont confrontés les professionnels de la santé qui côtoient chaque jour la souffrance et la mort.
 
Pour nous qui sommes tous deux professeurs juifs d’une université jésuite, avoir l’occasion de travailler avec du personnel médical musulman, chrétien et juif dans un tel cadre est une expérience émouvante.
 
Ce programme ne doit pas se limiter au monde médical. A l’université Georgetown, nous l’avons introduit avec succès dans l’Ecole de Droit, l’Ecole de Commerce et l’Ecole de Diplomatie. De même, nous pouvons appliquer le modèle de la médecine du corps et de l’esprit pour relier des individus de pays en guerre à des professionnels au Moyen-Orient investis dans le droit, le commerce et même la politique. Uns des personnes ayant participé à la conférence de cette année a indiqué que « Si les hommes politiques assistaient aux séances organisées par Aviad et Nancy, le monde baignerait dans la paix. »
 
Nous l’espérons. Tout ce qu’il faut c’est la volonté de ne pas juger, d’être authentique et d’ouvrir son coeur afin d’écouter l’autre avec une générosité spirituelle.
 
Avias Haramati et Nancy Harazduk
__________
Avias Haramati, titulaire d’un doctorat, professeur de physiologie et de médecine à l’Ecole de Médecine de l’Université Georgetown. Nancy Harazduk, titulaire d’une maîtrise en travail social, est maître de conférences en matière de médecine familiale et directrice du programme sur la médecine du corps et de l’esprit à l’Ecole de Médecine de l’Université Georgetown. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).
 
© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 16 décembre 2011, www.commongroundnews.org  

Des juifs s’élèvent contre la profanation des mosquées  06/04/2013

Des juifs s’élèvent contre la profanation des mosquées
Suite à la profanation de plusieurs mosquées palestiniennes en décembre 2011, le rabbin Gideon D. Sylvester nous parle de la théologie juive à propos d’injustice : « Le monde entier a été choqué d’apprendre la profanation de mosquées et l’inscription de graffiti racistes sur leurs murs en Israël. Quant aux juifs israéliens, nous avons éprouvé de la honte. Nous nous sommes demandés : les auteurs de ces actes savent-ils que l’histoire et la théologie juives enseignent explicitement le respect de tout être humain et la nécessité de s’élever contre l’injustice ? »

Jérusalem – Le monde entier a été choqué d’apprendre la profanation de mosquées et l’inscription de graffiti racistes sur leurs murs en Israël. Quant aux juifs israéliens, nous avons éprouvé de la honte. Nous nous sommes demandés : les auteurs de ces actes savent-ils que l’histoire et la théologie juives enseignent explicitement le respect de tout être humain et la nécessité de s’élever contre l’injustice quand on la voit ?
 
En tant que jeune juif britannique, j’ai grandi avec le spectre de l’holocauste et j’ai entendu parler de la nuit de cristal, en 1938, lorsque des dizaines de synagogues furent attaquées en Allemagne. Dans les regroupements de jeunes, nous discutions de la façon dont la diabolisation d’un groupe de personnes et la destruction de leurs lieux de culte était un premier pas vers le génocide. Nous proclamions alors avec fierté : « plus jamais ça ! » Plus jamais, cela ne devait arriver aux juifs, plus jamais, cela ne devait arriver à quiconque.
 
Nous avons compris qu’un Etat juif souverain devait conformément à la Bible, protéger tout le monde, y compris ceux qui ne partagent pas notre héritage.
 
En explorant notre relation avec d’autres religions, nous avons découvert qu’au Moyen-Âge, les grands rabbins apprenaient à leurs disciples que l’islam est une religion monothéiste dont les fidèles doivent être traités avec respect.
 
Quand le grand philosophe juif Maïmonide se demanda pourquoi Dieu avait crée autant de gens de religions différentes à la sienne, il en est arrivé à la conclusion que même si la volonté de Dieu était insondable, l’islam et le christianisme semblaient faire partie du dessein divin de répandre un monothéisme éthique à travers le monde.
 
Cette approche libérale envers d’autres confessions religieuses fut mise à l’épreuve avec la création en 1948 de l’Etat moderne d’Israël. Comment l’Etat hébreux allait-il traiter les autres communautés religieuses ? Les premiers grands rabbins d’Israël réfléchirent à la question et établirent clairement que selon la loi juive, les musulmans et les chrétiens avaient droit à la citoyenneté à part entière dans le nouvel Etat.
 
Cette décision fut réaffirmée dans la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël qui proclame que le nouveau pays « assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe », qu’il « garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture », et qu’il « assurera la sauvegarde et l’inviolabilité des lieux saints et des sanctuaires de toutes les religions ».
 
Paradoxalement, ce fut le rabbin Abraham Isaac Kook, premier grand rabbin de la Terre sainte, et surtout grande figure du sionisme, qui nous mit en garde contre le nationalisme juif et le fait qu’il comportait, comme tout nationalisme, les dangers inhérents à la xénophobie. Le grand rabbin considérait l’Etat juif embryonnaire comme l’accomplissement d’une vieille prophétie biblique ; merveilleuse, créative et éthique. Cependant, il avertit que si le pays ne remplissait pas ses responsabilités vis à vis de tous ses citoyens, « il franchirait, à ce moment-là, les limites de la moralité en outrepassant ses limites ».
 
Cet avertissement était juste. Un courant xénophobe, faisant fi des droits légitimes des Palestiniens dont les familles vivent ici depuis des générations a fait son apparition dans le pays. Si seule une petite couche de la société israélienne y adhère ; il reste néanmoins dangereux et il faut l’arrêter. Ses adhérents ont commencé par tenir des propos abominables et triomphalistes qui ont abouti aux attaques d’oliveraies appartenant à des Palestiniennes ; à présent, ils s’en prennent aux personnes et aux mosquées. Paradoxalement, la violence est en train d’évoluer et de se diriger vers l’intérieur, c’est-à-dire, contre des soldats israéliens dont le travail est de maintenir la loi et l’ordre, de protéger les colons et d’exécuter l’engagement d’Israël dans le démantèlement des colonies illégales.
 
Peut-être que ces événements font simplement partie d’un phénomène d’intolérance religieuse en hausse partout dans le monde. Ou peut-être sont-ils le résultat de la frustration due au fait que le retrait israélien de Gaza n’a pas fait cesser les fréquents tirs de roquette à la frontière. Ou peut-être encore, qu’ils découlent de la crainte suscitée par les ambitions nucléaires de l’Iran et par sa volonté de détruire Israël.
 
Toutes ces menaces existentielles effraient beaucoup de juifs israéliens et anéantissent leur foi dans la possibilité d’une paix. Ainsi, les colons s’indignent du fait qu’ils puissent éventuellement être délogés de leurs maisons en échange d’une paix chimérique.
 
Indépendamment de ces craintes, les actions violentes contre des civils innocents ou leurs biens ou encore leurs lieux de cultes sont immorales, pas conformes aux valeurs juives et inacceptables. Ces actions salissent le nom des croyants et de Dieu.
 
Nous devons dénoncer l’intolérance religieuse et travailler plus dur pour le dialogue et pour la paix.
 
Nous devons exiger de nos dirigeants qu’ils parviennent à un accord juste avec les Palestiniens, nous devons nous empresser d’arriver à une ère où tous les habitants de ce pays pourront vivre dans la paix, la justice et la dignité. Telle était la vision de nos prophètes : « Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre. » (Isaie 2, 4).
 
 
Rabbin Gideon D. Sylvester
 
__________
Gideon D. Sylvester est le rabbin de la synagogue British United en Israël et dirige le programme de Beit Midrash « Rabbins pour les droits humains » consacré aux opinions juives sur les questions de droits de l’homme, à la maison de Hillel de l’Université hébraïque de Jérusalem. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).
 
 
© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 13 janvier 2012, www.commongroundnews.org   
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