FRANCE 2 : Notre colère envers Complément d'Enquêtes...




Suite à l'émission de Benoit Duquesnes sur France, nous avons adresséà la direction de France 2, au rédacteur en chef et à Mr Duquesnes, ce courrier pour réagir devant l'indigence du sujet proposé sous le titre raccoleur "Cannes : des barbus sur la Croisette"...Nous n'avons évidemment reçu aucune réponse...

Monsieur Duquesnes,
 
Nous venons de suivre dans votre émission du 22 novembre le reportage intitulé « Cannes : des barbus sur la croisette » et souhaitons à ce sujet vous faire part de quelques unes de nos réflexions et de notre déception sur plusieurs points.
La raison qui nous a fait accepter de participer à votre émission était la certitude que dans cette émission, le sérieux dans le traitement des sujets et l’éthique professionnelle avaient cours. Pas de sensationnalisme, pas de « manipulation » car nous pensions que vous n’étiez pas dans le voyeurisme et le scoop à tout prix.

Nos réflexions :
-          Nous étions convenu verbalement que le reportage qui devait être fait avec moi à Cannes devait comporter non seulement les éléments liés à l’actualité des quelques jeunes gens impliqués dans les événements récents mais également une partie consacrée au Vivre ensemble à Cannes dont l’objectif est d’afficher une fraternité, une humanité qui vise, par des actions symboliques et effectives à éviter que ne se propagent l’ignorance, la haine, la violence.
-          Non seulement vous n’avez rien diffusé de ce qui était initialement prévu sur Cannes mais le sujet fort « opportunément » et vulgairement accrocheur intitulé « Cannes : des barbus sur la croisette » s’est déroulé à 99% à Paris et en région parisienne à grands renforts de caméras cachées, de propos et d’images qui ne font qu’attiser les haines.
-          L’émission que l’on nous avait annoncée comme traitant de l’identité des jeunes (quête d’identité, perte d’identité…) s’est avérée être une émission sur « La France islamophobe ». Le sujet sur les Identitaires en revanche a offert, à un groupement extrémiste s’il en est, une tribune emplie de haine et de violence, d’ignorance et de xénophobie alors que ce groupe ne représente qu’une centaine de personnes en France. Ajoutons à cela, un sujet de 15’ sur le « racisme anti-blanc » qui ne se justifiait pas vu son contenu peu probant sauf à vouloir jouer sur tous les axes et monter les uns contre les autres sous le prétexte d’ « informer ».

Informer, c’est donner une forme à l’esprit ou à la lettre. Votre sujet sur Cannes était informe.

Quel est votre esprit, votre éthique en tant que journaliste ? Tous les moyens sont-ils bons pour faire de l’audience ? Ne mesurez-vous pas que les mots et les images tuent autant que des balles lorsqu’ils enlèvent à ceux qui les reçoivent la possibilité d’espérer en la nature humaine.
L’information éthique et professionnelle est bien sûr de donner forme aux extrémismes pour avertir du danger et de la division mais elle doit dans le même temps donner forme aux actions qui unissent, qui nous amènent à croire possible le vivre ensemble afin que chacun puisse, en recevant ces informations, y trouver une trace, un chemin vers sa propre réflexion et le cas échéant vers l’apaisement.

Nous sommes bien conscients que ce courrier a de grands risques de ne pas trouver écho auprès de vous mais il nous a semblé de notre devoir de le faire pour marquer notre désaccord de fond et de forme car les responsables religieux et les laïques présents pour exprimer le Vivre ensemble à Cannes ce jour là ont donné de leur temps, de leur engagement pour porter une solidarité tant avec la communauté juive touchée lors de ces évènements qu’avec la communauté musulmane qui s’est ouvertement et fortement élevée contre les agissements de quelques jeunes gens ou la communauté protestante frappée de plein fouet. Porter haut et fort ces engagements n’est pas un acte anodin, sa valeur symbolique est importante et vient contrebalancer fortement par le nombre de personnes  représentées, le « sentiment général » de peur et d’insécurité car il démontre que dans la réalité quotidienne ce que les médias ont appelé le « Groupe de cannes » ce sont quelques personnes mais le Vivre ensemble à Cannes en représente des milliers.

Nous soumettons ces quelques phrases à votre réflexion* non sans avoir pris le temps de vous dire « merci » pour nous avoir aidés à apposer au regard de confiance que nous vous avons accordée la juste méfiance dorénavant nécessaire à nos relations avec les médias.


Cordialement,

Mustapha Dali                                                     Pierre Chevallet                                                  Le Comité des Chefs Religieux
Recteur de la Mosquée                     Président de Vivre ensemble à Cannes                         de Vivre ensemble à Cannes
 
 
*« L’autorégulation vise à favoriser le comportement éthique et le professionnalisme des journalistes, de telle sorte que le public bénéficie d’une information impartiale, exacte et fiable ». (UNESCO)

« Si l’on considère le rôle et l’impact considérable des médias dans la société, sur le plan tant individuel que collectif, il est urgent, voire impératif, de mettre en lumière les enjeux axiologiques et éthiques qui y sont associés. » (Valeurs et éthique dans les médias. Approches internationales -  Patrick J. BrunetMartin David-Blais   )

« En science comme en politique, les médias sont régulièrement accusés de faillir à leur devoir d’information. Sommés de réagir dans l’instant, ils sont de plus en plus confrontés au risque de privilégier la communication aux dépens d’une information critique. Mais au-delà de contraintes multiples (audimat, atteintes à l’indépendance rédactionnelle des journalistes, concurrence des sources d’information par internet…), il s’instaure souvent une forme de contrat tacite entre les choix rédactionnels et les attentes supposées ou réelles du public sur des questions de société aux tendances lourdes. La mise en scène médiatique reflète alors pour partie l’état de santé de notre société, ses choix et ses aveuglements. » Dominique Chouchan


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